Экслибрис«Gorbof»: дом и книги

 Перевод с  французского : Marina Gorboff, ex-libris-gorbof-une-maison-des-livres Paris 2015/03/28/ https://gorboffmemoires.wordpress.com/ 

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Усадьба Н. М. Горбова в Петровском. Cемейный архив  М. М. Горбовой

Из всех рассказов отца о детстве я всегда предпочитала тот, в котором все домашние – взрослые, прислуга и дети – должны были выносить на лужайку книги (около 20 000 !) из библиотеки его отца Николая Михайловича Горбова (1859-1921). В тени больших деревьев Петровского воздух и свет наконец доходили до широко раскрытых страниц, которые надо было очищать от пыли и проветривать, избегая солнца, насекомых и травинок…Зная привязанность моих бабушки и дедушки к своей библиотеке, я предполагаю, что, опасаясь грозы, они требовали вернуть книги в дом в тот же вечер. Представляю, как они отчитывали всю семью, как дети потихоньку заглядывали в иллюстрированные книги в попоисках «интересной» картинки, как прислуга нервничала от дополнительной работы, превращавшейся для всех участников в тяжелый физический труд, так как, по всей вероятности, несколько суток требовалось для выполнения этого задания, вызывающего ломоту во всем теле на следующий день.  Lire la suite

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Ирина Николаевна, возвращение

Перевод с французского : Marina Gorboff, Irina Nicolaevna, le retour mai 2015  

В этом блоге мне хотелось бы вспомнить дорогую мне женщину, Ирину Николаевну Угримову (1903-1994) и рассказать о ее судьбе.

I.N

Ирина Николаевна Угримова (1903-1994). Москва 1992 год. Из архива Горбовых

В 1925 году юная Ирина Муравьева эмигрировала сначала в Берлин, а потом в Париж; в 1948 году, понимая, что ее ждет, она против своей воли поехала по следам мужа в СССР, где ее приговорили к восьми годам лагерей. Эта часть ее жизни описана в книге Александра Угримова (1906-1981) « Из Москвы в Москву через Париж и Воркуту », Москва 2004

Наши семьи были знакомы с начала двадцатого века и связь между ними не прерывалась в течение нескольких поколений, включая поколение моих детей. В 1990 г. моя младшая дочь Елена со своим мужем, – им тогда было чуть больше двадцати лет – поехали знакомиться с Москвой и ежедневно виделись с Ириной Николаевной. По пути домой после посещения выставки в Мемориале они попали под грозу, и им пришлось пережидать под аркой дома. Здесь при вспышках молний под проливным дождем Ирина Николаевна и рассказала этим западным молодым людям, бесконечно далеким от советской действительности, о годах проведенных ею в лагерях. Ей хотелось, чтобы они поняли, что представлял собой Гулаг не только по книгам.  » Я  этого никогда не забуду », говорит Елена. Одну из своих дочерей она назвала Ириной. Lire la suite

Les Souvenirs d’André Volkonsky

André Volkonsky (1933-2008) en France, 1983, enregistrant le « Clavier bien tempéré » de Bach chez ses amis, les facteurs de clavecin Dobson. Lyrinx

Le texte que nous présentons ici a été écrit en 1975 par André Volkonsky (1933-2008) deux années après son arrivée en France. De 1947, date à laquelle il a suivi ses parents en URSS, à 1973, celle de son retour en Occident, il fut citoyen soviétique, sujet d’un régime qui interdisait ses oeuvres, censurait les programmes de l’Ensemble Madrigal et limitait son activité de claveciniste.
Désigné sous l’appellation de « Souvenirs d’André », ce manuscrit n’était connu que de quelques amis ; il n’ a jamais été publié. Lire la suite

Qui se souvient de Roubachof ?

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C’était à Berlin. A la sortie de Hohenschönhausen, la tristement célèbre prison de la Stasi transformée en musée, Arthur Koestler (1905-1987) s’est rappelé à moi. Je ne me souviens plus des ouvrages de la librairie – ils étaient en allemand -, mais j’ai reconnu Le Zéro et l’Infini (1941) et La Lie de la Terre (1942). Pour la première fois depuis mon arrivée en Allemagne, nazisme et communisme étaient ouvertement associés ; la Stasi avait favorisé ce rapprochement. Et dans cette ville aux multiples cicatrices, il ne cessait de s’imposer à moi…

Les Allemands avaient raison de mettre en avant les ouvrages très largement autobiographiques d’Arthur Koestler, juif hongrois, membre du Komintern de 1931 à 1937, écrits sous le choc d’une rupture avec Moscou, d’autant plus douloureuse que l’engagement avait été total. Il savait que l’emprisonnement, les aveux et l’exécution du stalinien Roubachof auraient pu être les siens. Il savait également que l’écriture est une forme de thérapie et qu’au-delà de son témoignage – un devoir – , elle l’aiderait à préserver un certain équilibre mental. « Je suis en paix avec moi-même parce que j’ai témoigné » écrivait Primo Levi à la même époque. Lire la suite

Collines

 

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Foumban. Cameroun

Il y a le côté cour et le côté jardin.
La lune sur les collines. Des palmiers immobiles.
Pas un feu ; des étoiles.
Au loin, quelques voix.

Côté cour, sur des chaises
Ceux que l’on appelait jadis les indigènes
Parlent et rient.
Face aux collines, dans des fauteuils
Les Blancs lisent :
C’est le côté jardin.

Des serviteurs passent :
« fais ceci » « fais cela » « apporte-moi »
On ne les voit pas.
Ils ont appris à contrôler leur visage, ne croisent jamais votre regard
Mais savent bien des choses qu’ils ne diront jamais.
Dans la maison, des objets leur font signe
Et disparaissent : savonnette parfumée, téléphone, épingle…
Ils accumulent naïvement ces larcins vite découverts
Les maîtres ferment leurs portes à clef et ne laissent rien traîner.

Une petite servante de quatorze ans est assise sur la terrasse
C’est Zénabou.
Elle ne sait pas allumer le gaz et vient parfois avec des traces de coups sur le visage.
Sol lavé, vaisselle faite, elle somnole des heures sur une chaise
Les mains et l’esprit également vides.
Vouii…répond-elle doucement aux questions qu’elle ne comprend pas toujours
Et ce souffle léger a la grâce et le poids du froissement de l’aile du papillon, à l’autre bout du monde
Savamment érigé en théorie par les scientifiques pour définir le lien qui nous unit. Lire la suite

Le père Krug parmi nous

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Eglise Notre-Dame- de Kazan, Moisenay. Fresques du père Grégoire Krug, peintes vers la fin de sa vie, années 1962-1964.

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Moisenay. Le père Krug utilisait des peintures de mauvaise qualité et des mediums de sa composition. Les fresques sont dégradées.

Je n’avais jamais vu les fresques du père Grégoire Krugprononcer Kroug – (1908-1969). Elles se trouvent dans des ermitages (skit) de la banlieue parisienne, situés à Mesnil-Saint-Denis et Moisenay. Difficile d’accès sans voiture, un ermitage est un endroit isolé où moines et moniales vivent à l’écart du monde : il faisait beau, j’étais quasiment seule dans le RER ou le train, le bus empruntait les rues Youri Gagarine, l’allée des Pâquerettes…Un paroissien obligeant m’attendait parfois à la gare.

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Le skit du Mesnil-Saint-Denis fut acquis en 1934. Des bâtiments de fortune furent construits  et le père Grégoire s’y installa en 1948, après son ordination. Il est enterré près de l’église.

A Moisenay, les grandes fresques de Notre-Dame-de-Kazan couvrent les murs et le plafond de l’église ; celles de la petite chapelle du skit du Mesnil-Saint-Denis, qui ne peut accueillir qu’une vingtaine de personnes, sont encastrées dans la roche, à portée de la main. « Bienheureux les simples en esprit » ai-je pensé avec gratitude. Et aussi : «C’est David et Goliath. Mieux valent les fresques d’un moine un peu fou que les ors et la pompe des cathédrales». Je n’avais jamais rien vu de tel dans une église orthodoxe et n’imaginais pas que dans un domaine aussi assujetti aux règles canoniques que celui de «l’écriture» d’icônes, une telle liberté d’expression pût être possible. Il est vrai que cette liberté est plus grande dans le domaine des fresques que celui des icônes.
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1917-2017 Ad majorem Russiae gloriam

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Oscar Rabine (1928-). Nature morte à la Pravda, 1968. Déchu de la nationalité soviétique en 1978, devenu français en 1985, russe en 1990, Oscar Rabine vit aujourd’hui à Paris. Par bien des aspects, cette oeuvre « non- conformiste » condamnée par les autorités soviétiques illustre ce que fut la vie en URSS.

Une année particulière s’annonce, celle du centenaire de la révolution d’Octobre 1917. Hier encore, du temps de l’URSS, les victimes de la dictature communiste auraient,  la mort dans l’âme, subi  ce rappel bruyant d’une mythologie révolutionnaire dont ils ne connaissaient que trop bien les cruelles déviations… ad majorem Russiae gloriam.                            

Mais la fête est finie et aujourd’hui, ce n’est plus une question de chair et de sang mais de mémoire. En émigration comme en Russie, les victimes attendent une nouvelle approche de ce siècle riche en bouleversements. Il est vrai que la conjonction des circonstances est unique : l’Union soviétique n’est plus, la parole est enfin libre et les historiens disposent du recul nécessaire à l’observation de l’un des événements majeurs du XXe siècle.

Tant en Russie que dans le monde, colloques, ouvrages, forums, médias se préparent et, à en juger par le web russe, ce jubilée passionne l’opinion. Il sera beaucoup question de communisme, ce qui ne laisse personne indifférent. On observera avec intérêt la leçon que Poutine triumphans ne manquera pas de tirer d’un passé dont il avoue regretter la disparition. Lire la suite